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L’année 2018 est une année record pour le tourisme et l’hôtellerie française, malgré les mouvements sociaux de la fin d’année

Deloitte et In Extenso a dévoilé la 21e édition des tendances annuelles du tourisme et de l’hôtellerie. L’an dernier, le chiffre d’affaires hébergement a enregistré une progression très nette de plus de 6%, toutes gammes confondues, confirmant ainsi la reprise constatée en 2017.

Dans le détail, cette croissance s’échelonne de +4% pour l’hôtellerie super-économique et dépasse les 6% à 7% pour les autres catégories. Sans les mouvements sociaux du début (Air France, SNCF…) et de la fin d’année (Gilets Jaunes) qui ont directement impacté les professionnels de l’hébergement, ce record aurait pu être encore supérieur. L’impact des manifestations pourrait toutefois être plus important en 2019, du fait des répercussions en termes d’images sur la destination France. Il faudra donc suivre avec attention les indicateurs sur le premier semestre.

La destination France se maintient à la première place mondiale

À la fin de l’année, la France a été secouée par la « crise des Gilets Jaunes » qui n’a pas pour autant privé le pays de son année record. Ainsi, notre pays se maintient à la première place du classement des destinations touristiques en nombre d’arrivées, soit 90 millions de touristes étrangers : un nouveau record !

Les hôteliers ont su capitaliser l’an dernier sur :

Une clientèle d’affaires plus présente que jamais grâce à la reprise de la croissance économique amorcée en 2017. Un marché congrès/séminaires particulièrement actif qui a dynamisé le printemps et l’automne.

Une saison estivale ensoleillée durant laquelle le littoral a enregistré de très belles performances, dont peuvent aussi se vanter les grands pôles urbains. Cette belle année permet à la France de repasser au-dessus des performances antérieures aux attentats de 2015-2016. Le chiffre d’affaires hébergement de l’hôtellerie française est ainsi en hausse de près de 7% par rapport à 2014. Une performance homogène puisque l’ensemble des catégories affiche une augmentation comprise entre 6 et 7%. Cette évolution favorable est d’autant plus appréciable qu’elle n’est pas due à la seule augmentation des prix moyens. A l’exception de l’hôtellerie super-économique, toutes les catégories enregistrent, par rapport à 2014, une croissance de la fréquentation comprise entre 4 et 5%.

Une grande année pour la Capitale

La Capitale enregistre pour la deuxième fois consécutive un record de fréquentation touristique, avec plus de 29 millions d’arrivées hôtelières et 60 millions de nuitées. La clientèle étrangère n’a jamais été aussi présente qu’en 2018, dépassant pour la première fois la clientèle française. Dans l’hôtellerie, les touristes européens représentaient plus de la moitié des arrivées internationales, une part en légère hausse par rapport à 2017.

Au mois de novembre, et malgré une conjoncture difficile liée à aux mouvements sociaux des Gilets Jaunes, l’hôtellerie parisienne a tenu bon et maintenu un excellent niveau de performances. La clientèle étrangère représentait 62% des arrivées jusqu’en novembre 2018 et a permis d’augmenter les prix moyens, mais aussi le taux d’occupation qui a bondi de 2%. Les établissements parisiens affichaient ainsi une progression de leur revenu par chambre disponible (RevPAR) en croissance de 9%, dont 10% sur la catégorie milieu de gamme et 20% sur celle du luxe et des palaces. Rappelons qu’en 2017, le retour des clientèles étrangères ne s’était pas traduit immédiatement par une progression des prix moyens. Ces derniers étaient restés stables, voire légèrement en recul jusqu’au mois d’août où ils s’étaient enfin redressés. La tendance s’est donc poursuivie tout au long de l’année 2018.

Toutefois, ce rebond aussi vigoureux soit-il n’a pas complètement effacé le recul des performances de 2015-2016. L’hôtellerie parisienne dans son ensemble affiche ainsi un chiffre d’affaires hébergement encore en retrait par rapport à 2014. Un retard modeste de -1%, mais bien plus important s’il fallait enlever l’inflation. C’est sur les catégories luxe et haut-de-gamme que ce recul est le plus marqué, avec respectivement -11% et -2% par rapport à 2014. « Sur ces catégories, l’accroissement de l’offre de 33% depuis 2014 vient freiner la reprise à court terme mais vient également consolider la destination à travers l’émergence de nouvelles enseignes » selon Olivier Petit, Associé In Extenso.

… Mais un mois de décembre compliqué pour les hôteliers parisiens

La bonne tenue des résultats de l’hôtellerie parisienne est en partie liée à des événements qui ont attiré de nombreux visiteurs et touristes dans la Capitale en novembre, tels que : le centenaire de l’Armistice accueillant plus de 70 chefs d’État, le salon Equip’Hotel, qui se tenait du 11 au 15 novembre à la Porte de Versailles et dont la fréquentation a progressé de 10% par rapport à l’édition précédente, ainsi que le Salon du Cheval, du 24 novembre au 2 décembre où se sont pressés pas moins de 150 000 visiteurs.

Ces événements ont permis de limiter l’impact des manifestations sociales de la fin d’année dans la capitale, même si ces dernières ont donné lieu à quelques annulations au mois de novembre. En revanche, le décrochage est réellement survenu en décembre, freinant la venue des clientèles étrangères, spécifiquement américaines et asiatiques. Rappelons que les Chinois, Japonais ou Coréens sont les plus frileux lorsqu’il s’agit de sécurité et qu’ils ont besoin d’être rassurés.

« Le mois de décembre est traditionnellement un mois charnière pour l’hôtellerie parisienne avec des touristes tant nationaux qu’internationaux qui affluent à l’occasion des fêtes de fin d’année. Le fort ralentissement des réservations en décembre a engendré une baisse conséquente des taux d’occupation, particulièrement sur le segment haut de gamme et de luxe. Un repli qui pourrait se poursuivre au premier trimestre 2019 », précise Joanne Dreyfus, associée Deloitte.

Une clientèle étrangère de plus en plus présente en régions et sur la Côte d’Azur

Lorsque l’on observe les performances des régions (+2% du chiffre d’affaires de l’hôtellerie) et, notamment de la Côte d’Azur (+5%), le bilan 2018 peut paraître modeste. D’autant que cette croissance est essentiellement soutenue par l’augmentation des prix moyens. Toutefois, à la différence de Paris, les régions n’ont pas connu de véritables reculs en 2015 et 2016. Au contraire, depuis 2014, le chiffre d’affaires hébergement est en progression. Si la Côte d’Azur a bien enregistré une baisse de l’activité en 2016, elle est restée circonscrite et a rapidement été gommée par les croissances de 2017 et 2018.

Au final, si l’on fait le bilan sur 5 ans de l’évolution des performances, l’hôtellerie en régions affiche une augmentation du chiffre d’affaires de plus de 11%. Sur la Côte d’Azur elle atteint même 12%. Une belle performance qui dans un cas comme dans l’autre se fait avec une croissance conjointe de l’occupation et des prix moyens. Les catégories supérieures – milieu de gamme à luxe – offrent les plus belles progressions en régions comme sur la Côte d’Azur. Les taux de croissance dépassent les 10% et atteignent même 18% sur les segments haut de gamme et luxe en régions, voire 25% dans l’hôtellerie de luxe sur la Côte d’Azur. Ce marché a été particulièrement dynamisé par les grandes agglomérations et métropoles. L’hôtellerie y a pleinement profité de la reprise économique avec à la clé une forte augmentation des nuitées d’affaires.

Le dynamisme ne s’arrête néanmoins pas à la seule croissance économique. Les grands pôles urbains français engrangent le bénéfice des efforts consentis depuis plus d’une décennie :

Leur accessibilité a continué de s’améliorer, à l’image de Bordeaux et de Rennes de mieux en mieux desservies par le TGV. Le fort développement des lignes aériennes low-cost leur permet de s’inscrire désormais dans un réseau européen de destinations aisées à découvrir pour un week-end, un court séjour ou le temps d’un congrès.

Ils ont appris à diversifier leurs segments de clientèles. Les hôteliers voient de moins en moins leurs établissements se vider en fin de semaine et en période de vacances scolaires. La clientèle individuelle d’affaires reste bien sûr omniprésente mais les grands pôles urbains ont investi et mènent des politiques touristiques ambitieuses pour attirer les congressistes.

« À y regarder de plus près, les grands pôles urbains ont été l’un des moteurs du dynamisme hôtelier français de ces dernières années. Un dynamisme qui s’accompagne d’une tendance à la montée en gamme de l’offre et à l’intérêt croissant des investisseurs pour ces marchés », précise Philippe Gauguier, Associé In Extenso.

Quelles perspectives pour 2019 ?

En 2019, un certain nombre d’indicateurs sont favorables à une dynamique de croissance du secteur :

La hausse du pouvoir d’achat favorisée par la prime Macron et la baisse du chômage devraient bénéficier au moins en partie aux industries du loisir Un certain nombre de réformes structurelles portées par le Gouvernement vont commencer à porter leur fruit 2019, année impaire verra également la tenue des grands salons qui dopent leurs territoires d’insertion Toutefois, les nuages s’amoncellent et 2019 sera au mieux une année de ralentissement économique à l’échelle mondiale.

La croissance molle en Europe avec des incertitudes majeures sur la croissance déjà fortement ralentie en Allemagne et Italie pèsera sur la dynamique de la zone Euro.

La perspective de plus en plus forte d’un Brexit dur contribue à créer de l’incertitude. Si la relocalisation de sociétés du monde de la finance à Paris portera ses fruits à long terme, une dévaluation forte de la livre impacterait l’un de nos premiers marchés émetteur de touristes.

Les moteurs de la croissance mondiale en 2018 ont été les Etats Unis et la Chine. Or tous deux montrent des signes de ralentissement encore accentués par la guerre commerciale qu’ils se livrent. Aux Etats-Unis, investisseurs et économistes se sont mis à guetter l’« inversion » de la courbe des taux, signe avant-coureur d’une crise.

L’ensemble de ces facteurs pèsera sur la dynamique de l’hôtellerie française, à fortiori si la crise des Gilets jaunes venait à perdurer.

« Au final, l’hôtellerie devrait progresser en chiffre d’affaires de l’ordre de 2,8% à 4,2%. Si la croissance mondiale ralentit, les fondamentaux du tourisme français (intérieur et international) restent bons » selon Olivier Petit, Associé In Extenso.

L’hôtellerie de luxe devrait tirer le meilleur parti de cette année avec une progression d’environ 5% liée à un potentiel d’amélioration de sa fréquentation et de son prix moyen. A l’autre bout de la chaine, la reprise affirmée de l’hôtellerie super-économique va se conforter avec une dynamique de 2% à 3% de chiffre d’affaires supplémentaire. La rénovation du parc existant, l’évolution des concepts, et la sortie des établissements les plus anciens qui glissent vers un hébergement social permettent un assainissement efficace de ce marché.



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